Certains film possèdent cette qualité de rendre heureux leurs spectateurs, tant ils semblent touchés par une sorte de grâce légère. Ce film étonnant de François Dupeyron en fait partie. Sonia, une jolie Noire, se bat tous les jours pour tenir à bout de bras sa famille. Entre son mari, violent et paresseux, qui profite du chômage, sa fille trop précoce, son fils, qui suit le chemin de la délinquance, etc., elle a bien du mal à survivre dans cette banlieue triste où chacun essaye de vivre au jour le jour. Lorsque son mari meurt brutalement, elle n’hésite pas à suivre les conseils de son voisin et à cacher ce décès, pour continuer à toucher la pension.
Il est toujours difficile de parler de la banlieue sans tomber dans le misérabilisme, l’angélisme ou l’idéologie. Ce film à petit budget y parvient sans effort, avec une grâce étonnante. François Dupeyron (« La chambre des officiers ») filme la banlieue sans a priori, en s’attachant à la vie quotidienne des gens qui la peuplent. Entre scènes réalistes, humour et tendresse, il donne une image de ce monde sans doute plus réelle que celle qui est donnée habituellement. Car son héroïne, aide familiale, rayonne d’une telle bonté qu’elle illumine cette histoire émouvante et réconfortante. Félicité Wouassi (« Black micmac », « La haine ») incarne avec beaucoup de subtilité cette Mère Courage qui apporte chaleur humaine et tendresse autour d’elle.
Bien sûr, l’intrigue de départ repose sur une arnaque, mais le personnage de Sonia est si courageux et si positif dans sa manière de lutter, jour après jour, contre la fatalité qu’elle dispense un magnifique message d’espoir dans un univers qui en connaît bien peu. Signalons une longue scène de nudité, mais elle est à la fois pudique, respectueuse et très émouvante.
Marie-Christine d’André