Un peintre quinquagénaire sur le point de divorcer quitte Paris où il s’était installé pour retourner dans sa région natale et occuper la bâtisse où vivaient ses parents. La propriété a bien besoin de travaux, et notamment le jardin, laissé longtemps en friche, qu’il espère transformer en petit potager. Il fait appel à un jardinier qui se révèle être un ami d’enfance. Tous les deux étaient dans la même classe et avaient mis un pétard dans le gâteau d’anniversaire de leur instituteur. Les souvenirs ressurgissent et un monde révolu semble reprendre vie. Le jardinier est un ancien cheminot qui prend ses travaux de jardinage très à cœur. Tous deux ont empruntés dans la vie des chemins très différents, mais, au contact l’un de l’autre, la complicité de leur enfance semble renaître et une affection mutuelle se tisse peu à peu entre eux.
Le nouveau long-métrage de Jean Becker est l’adaptation d’un roman d’Henri Cueco. Le cinéaste ne pouvait qu’être sensible au personnage du jardinier, dont l’apparente simplicité cache une réelle profondeur dans le regard qu’il porte sur le monde et sur les gens qui l’entourent. On retrouve dans ce film un univers cher au cinéaste et qui lui valut quelques critiques acerbes dans une certaine presse : un monde rural attaché à ses racines, une nature bucolique et apaisante, des gens simples, mais pleins de bon sens... Si ce film n’a pas l’originalité des « Enfants du marais », qui mettait en scène de nombreux personnages, si le propos est ici beaucoup plus ténu, c’est justement dans la simplicité apparente du sujet que réside toute sa richesse. L’intrigue se focalise sur la relation entre les deux protagonistes, et l’essentiel des scènes se déroule dans la propriété du peintre. Jean Becker met en lumière, à la fois, les vertus du dialogue et du silence, qui permettent de dévoiler comme de recevoir des parcelles de vérité sur le mystère de l’existence. Avec son propre langage, le jardinier dévoile son approche du monde, dans ce qu’il peut avoir de beau, de cocasse ou d’angoissant. Le peintre trouve dans les paroles du jardinier un écho inattendu à ses propres interrogations, en tant qu’artiste, sur la réalité et son opacité. Le cinéaste laisse le spectateur observer comment ces échange façonnent peu à peu une amitié, lui donnent progressivement forme, comme des coups de pinceaux successifs sur une toile. À partir d’une mise en scène somme toute assez épurée, attachée essentiellement à mettre en valeur ces personnages, l’émotion, qui ne fait d’abord que nous effleurer dans les premières séquences, prend, dans la dernière partie, une ampleur inattendue. Les dernières scènes se révèlent très touchantes et laisseront, sans aucun doute, une empreinte un peu spéciale dans le cœur du spectateur. La richesse du film repose beaucoup sur les talents des deux comédiens, Jean-Pierre Darroussin et Daniel Auteuil. À la fois dépouillés et enrichis de tous les rôles qu’ils ont pu tenir auparavant, tous deux habitent véritablement leurs personnages respectifs, parvenant à en dévoiler leurs vérités les plus profondes. Il y a bien quelques scènes un peu convenues (la critique du pédantisme parisien), mais l’ensemble est de très bonne tenue.
Cette œuvre est un hymne à l’amitié, à l’écoute de l’autre, à la beauté des choses simples et à la richesse des rapports humains. Une brève scène de nudité.
Marie-Lorraine Roussel