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Valeur artistique

Valeur humaine

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carre_jaune Gone baby gone

Drame américain (2007) de Ben Affleck, avec Casey Affleck (Patrick Kenzie), Michelle Monaghan (Angie Gennaro), Morgan Freeman (Jack Doyle), Ed Harris (Remy Bressant), John Ashton (Nick Poole), Amy Ryan (Hélène McCready), Amy Madigan (Béa McCready), Titus Welliver (Lionel McCready) (1h55).

Dans un quartier difficile de la banlieue de Boston, la petite Amanda, âgée de 4 ans, a disparu. Toute la police est en alerte et se mobilise, les médias sont sur place. Trois jours après la disparition de la fillette, alors que l’enquête n’a donné aucun résultat fructueux, Béatrice, la tante d’Amanda, sollicite l’aide de deux jeunes détectives privés, Patrick Kenzie et Angie Gennaro. Tous les deux sont habitués à traiter des affaires plus légères, mais, devant la douleur de cette femme, ils acceptent d’apporter leur aide et leur savoir-faire. En interrogeant la mère de l’enfant, Hélène, ils se rendent vite compte qu’elle n’a rien d’une mère modèle, étant totalement dépendante de la drogue. Il arrive à Hélène de laisser seule sa fille pendant plusieurs heures. Et, sans la présence de son oncle et de sa tante, Amanda se retrouverait bien souvent livrée à elle-même. L’enquête avance, et un dealer à qui Hélène aurait volé de l’argent devient le principal suspect...

L’acteur et scénariste Ben Affleck passe, pour la première fois, derrière la caméra. Il a choisi d’adapter le roman éponyme de Dennis Lehane. Ce n’est pas la première fois qu’une œuvre du romancier connaît l’honneur du grand écran, car, en 2003, Clint Eastwood adaptait « Mystic river , film passionnant et très maîtrisé qui marqua les esprits. On retrouve ici des thèmes chers à l’écrivain, comme le mystère du mal, le mal-être et la culpabilité qu’il engendre, la souffrance infligée aux enfants... Le récit ne s’intéresse pas tant à l’intrigue policière en elle-même (qui a enlevé l’enfant et pourquoi ?) qu’à l’impact de l’affaire sur les protagonistes de cette histoire, ce qui donne au film une épaisseur humaine particulière. Ben Affleck met en scène le récit avec un classicisme élégant, sans artifices inutiles, écueil que l’on retrouve souvent chez les jeunes cinéastes. Ses choix stylistiques se révèlent souvent inspirés, comme celui de ne représenter Patrick, après une découverte macabre, que sous la forme d’une frêle silhouette, en traduisant ainsi le désarroi douloureux dans lequel il est plongé. Il exploite à merveille les décors de Boston, ville qu’il connaît bien (lui et son frère y ont grandi), en apportant ainsi une touche de réalisme au film. Certains quartiers semblent le réceptacle de la misère humaine, mais le cinéaste prend soin aussi d’en dévoiler leur beauté cachée et mystérieuse. Le récit déploie au fil des séquences une plus grande densité, une complexité inattendue et multiplie les enjeux moraux. L’interprétation est un autre atout du film. Casey Affleck, qui nous avait déjà éblouis dans "L’assassinat de Jesse James par Robert Ford", traduit à merveille le trouble de son personnage. Il est entouré d’excellents comédiens chevronnés comme Ed Harris et Morgan Freeman.

Les protagonistes de l’histoire sont confrontés à une forme de quintessence de la souffrance, celle que les adultes infligent aux enfants, souffrance innommable, indicible, insupportable. Comme le souligne bien l’un des personnages, l’enfant pardonne, l’enfant tend l’autre joue. Il a une telle soif d’amour qu’il peut aimer même celui qui le fait souffrir. Le film nous fait nous interroger non seulement sur ce mal présent sur terre, mais aussi sur la menace que peut constituer la cellule familiale, qui devrait pourtant être un havre d’amour et de paix pour l’enfant. Comment agir face à ceux qui infligent de telles souffrances ? Doit-on préserver les liens du sang ? Quel est le bien de l’enfant ? Faut-il parfois détourner la loi ? Faut-il toujours écouter sa conscience, même si cela peut être lourd de conséquences ?, telles sont quelques-unes des nombreuses questions que soulèvent le film. Les symboles religieux sont très nombreux (citant les Évangiles, le curé de Patricklui confiera : "Nous sommes comme des brebis au milieu des loups" et "Il nous faut avoir la prudence du serpent et l’innocence d’une colombe.). Le réalisateur inscrit tous ces questionnements dans une perspective spirituelle. Ce film s’adresse tout de même à un public averti, car le contexte du film (violence, drogue, pédophilie...) est très dur.

Marie-Lorraine Roussel


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