Angie vit à Londres, où elle partage un appartement avec son amie Rose. Elle a accumulé les années de galère et les emplois temporaires, si bien qu’elle a confié pour quelque temps à ses parents la garde de son fils de 11 ans, Jamie, en attendant qu’elle retrouve une situation plus stable. Lasse d’être licenciée une énième fois, elle est bien décidée à créer sa propre entreprise. Rien ne semble l’arrêter et, avec l’aide de Rose, elle monte un cabinet de recrutement. Elle espère voir prospérer ses affaires afin de travailler dans un cadre légal et de régulariser leur entreprise. En attendant, elle se rend tous les matins dans les quartiers regroupant les immigrés fraîchement débarqués en Angleterre et les envoie chez des patrons ayant besoin de travailleurs. Ambitieuse et énergique, elle repousse chaque fois un peu plus les limites de son travail et découvrira que cela n’est pas sans risques...
Après sa fresque historique « Le vent se lève », Ken Loach revient à une veine beaucoup plus sociale, celle qui caractérise la plupart de ses films, de « Family life » à « Sweet sixteen », en passant par « Raining stones » et « Ladybird ». Le cinéaste britannique aborde l’un des sujets les plus complexes de notre monde actuel, l’immigration, qui touche tous les échelons de notre société moderne, comme l’emploi, le logement, l’intégration, et qui recouvre des notions aussi diverses que la nation, la clandestinité, la mondialisation. Cet homme de gauche, symbole et digne représentant d’un cinéma social et engagé, fustige un système économique reposant sur l’exploitation des plus faibles. Or ce qui fait la force de son cinéma n’est pas le discours qui sous-tend chacun de ses récits, mais son incarnation dans des personnages complexes et représentatifs de son temps. Il a choisi de raconter son histoire non pas du point de vue des immigrés ou d’un de ces patrons sans scrupules, mais à travers le parcours de cette femme ordinaire, représentative de la classe ouvrière et laborieuse, et désireuse de se faire une place dans ce monde sans pitié. Se dévouant corps et âme à son travail, elle est décidée à réussir en s’insérant simplement dans un système et dans ses rouages. Comme dans tous ses drames sociaux, le cinéaste part de situations banales ou anodines et met peu à peu en place un crescendo dramatique redoutablement efficace, qui ne laisse pas le spectateur indemne. Le récit, tendu et sans temps morts, dépeint un engrenage dans lequel s’enferme l’héroïne. Remarquable directeur d’acteurs, le cinéaste s’est entouré de comédiens inconnus du grand écran et dont il parvient à tirer le meilleur. La performance de Kierston Wareing est superbe.
Angie, mère célibataire qui n’a pas été épargnée par les aléas de la vie et du monde du travail, cherche avant tout à assurer son avenir et celui de son fils. Elle fait preuve pour cela de courage, d’énergie et d’audace. Tout en voulant aider les immigrés, elle n’hésite pas à exploiter à son profit cette main-d’œuvre bon marché et à repousser les limites de son éthique. Elle se considère comme un simple maillon d’un système dont tout le monde profite. À travers ce parcours individuel, Ken Loach aborde des questions pertinentes, même si à celles-ci notre monde actuel est incapable d’apporter une solution efficace, juste et humaine.
Marie-Lorraine Roussel