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Valeur artistique

Valeur humaine

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carre_jaune Jane

Comédie dramatique americano-britannique (2007) de Julian Jarrold, avec Anne Hathaway (Jane Austen), James McAvoy (Tom Lefroy), Julie Walters (Mme Austen), James Cromwell (M. Austen), Maggie Smith (Lady Gresham), Joe Anderson (Henry Austen), Lucy Cohu (Eliza de Feuillide) (1h58).

Jane Austen vit dans le comté du Hampshire, en Angleterre, avec sa famille. Son père est pasteur, et sa famille n’est guère fortunée. On sait que seuls les fils hériteront de biens, il est donc primordial que les filles fassent un bon mariage pour aider financièrement leurs parents et pour ne pas tomber dans la pauvreté. Or il se trouve que le neveu et unique héritier de la riche Lady Gresham, M. Wisley, est à marier et qu’il semble être intéressé par Jane Austen. Mais la jeune femme ne peut envisager un mariage sans amour et refusera, malgré l’insistance et les supplications de sa mère, la demande en mariage de M. Wisley. Car son cœur est ailleurs. Depuis l’arrivée de Tom Lefroy, un jeune avocat envoyé à la campagne pour s’assagir et qui est un ami de son frère Henry, Jane sent qu’un trouble l’a envahi. D’abord agacée et blessée par l’attitude de Tom, elle n’en n’est pas moins de plus en plus attirée par lui. Mais celui-ci dépend financièrement de son père, qui refuse leur union...

Cette œuvre s’inspire librement du travail de recherche effectué par le biographe Jon Spence (« Becoming Jane Austen »), selon lequel la jeune romancière connut l’exaltation amoureuse, laquelle influença profondément son écriture. Julian Jarrold, qui a déjà réalisé plusieurs adaptation littéraires pour la télévision britannique (« Les grandes espérances », « Crime et châtiment »), ainsi qu’un premier long-métrage inédit en France (« Kinky Boots »), signe une œuvre brillante et parfaitement maîtrisée. Certains taxeront sa mise en scène d’académisme. On préférera parler de classicisme, au sens noble du terme, où limpidité rime avec élégance. Le récit se nourrit du romanesque de la campagne anglaise verdoyante et des forêts du Hampshire, ainsi que de la partition musicale très lyrique d’Adrian Johnston. Certes, on retrouve des thèmes souvent exploités par le cinéma britannique et s’intéressant à cette époque (les mariages d’amour ou de raison, les pressions sociales et familiales, le sort de jeunes femmes anglaises...), mais ce sont des motifs éminemment austiens, et l’histoire qui nous est contée ressemble tout simplement à un roman de Jane Austen, avec ces terribles enjeux moraux. Les sentiments des personnages sont dépeints avec beaucoup de finesse et les dilemmes dramatiques du récit sont analysés dans toute leur complexité. Anne Hathaway, que l’on avait déjà remarquée dans « Le diable s’habille en Prada », apporte beaucoup de charme, de fraîcheur et de nuances à son personnage.

Le film montre bien les difficultés pour ces jeunes filles d’allier amour et devoir familial, et décrit les injustices dont elles étaient victimes par rapport à la gent masculine. Qui plus est, une femme d’esprit n’était jamais bien perçue en vue d’un mariage. Se nourrissant de ses propres blessures et de ces drames amoureux que vécurent beaucoup de jeunes femmes, Jane Austen nous a laissé six magnifiques romans, pleins de délicatesse et de subtilité.

Marie-Lorraine Roussel


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