En 1661, Louis XIV commence à prendre ombrage de l’aura de Fouquet, son puissant conseiller, et décide de s’en séparer. Le 5 septembre, celui-ci est arrêté sur ordre de Colbert. Il était le mécène de nombreux écrivains renommés, comme Molière, Racine, Boileau et Jean de La Fontaine. Si la plupart d’entre eux choisissent de rester au service du monarque et de bénéficier ainsi des avantages de la cour, le poète Jean de La Fontaine, qui place l’art au dessus du roi, décide de soutenir le surintendant déchu et de lui rester fidèle. Sa position suscite la colère du roi et de Colbert qui est bien décidé à le vaincre par tous les moyens. Fidèle à ses convictions, La Fontaine utilisera sa seule plume comme arme. Il commence à écrire des fables mettant en scène des animaux. Mais, derrière chaque animal, se cache un homme du régime, et chacun de ses poèmes devient une critique acerbe de la cour et de ses faux-semblants. Il peut compter sur le soutien de plusieurs femmes de renom, comme la duchesse de Bouillon et la duchesse d’Orléans.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, aucun film n’avait été auparavant réalisé sur le poète Jean de La Fontaine. Si tout le monde a en mémoire quelques unes de ses fables apprises à l’école et si plusieurs de ses vers sont devenus des proverbes courants (« Rien ne sert de courir, il faut partir à point », « Tel est pris qui croyait prendre », « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute »...), on connaît peu la vie de Jean de La Fontaine et on ignore souvent qu’il a vécu dans la misère par fidélité à Fouquet et à ses convictions. Le scénariste Jacques Forgeas et le réalisateur Daniel Vigne ont choisi de s’intéresser à cette période décisive de la vie du poète où sa conscience le poussa à renoncer aux avantages de la cour et où les injustices dont il fut témoin inspirèrent ses fables les plus acerbes. La plume à la main, il mena son propre combat. Le film met en scène un jeune poète séducteur et indolent, mais aussi passionné et frondeur. Lorànt Deutsch insuffle une belle énergie à son personnage et parvient à l’incarner avec beaucoup de naturel. Le jeu très juste des comédiens (à quelques exceptions près, Julien Courbet n’étant guère crédible dans le rôle de Molière) apporte une certaine modernité au film et évite toute reconstitution trop ampoulée. Philippe Torreton, dans le rôle de Colbert, est une nouvelle fois magistral. Une mise en scène alerte, une narration fluide, une distribution judicieuse et une musique inspirée signée Michel Portal sont autant d’éléments appréciables dans ce film de bonne tenue. Celui-ci n’est, cependant, pas sans défaut. Le récit s’attarde un peu trop sur la vie sentimentale du héros, et certains éléments, comme le processus créatif des fables par exemple, auraient pu être davantage approfondis.
Jean de La Fontaine su écouter sa conscience et ne pas sacrifier au confort matériel la fidélité à son mécène. Cet éternel séducteur n’était, par contre, guère fidèle en mariage. Quelques scènes légères et peu discrètes et de brefs flashs de nudité.
Marie-Lorraine Roussel