Jesse James est un des hors-la-loi les plus recherchés du pays. Avec sa bande, il a braqué de nombreuses banques, pillé différents trains et commis plusieurs crimes. Frank, son frère aîné, finit par se lasser de cette vie de fuite, d’errance et de danger, et, inquiet par la personnalité de plus en plus ténébreuse de Jesse, il décide de quitter la bande. Le jeune Robert Ford, 19 ans, a une tout autre vision de Jesse. Nourri par de multiples articles de journaux et des romans qui ont souvent embelli les exploits du célèbre bandit, il lui voue une grande admiration. Son frère, Charley, fait partie de la bande de Jesse, et Robert aimerait suivre sa trace. Jesse semble témoigner à Charley un certain intérêt, à la grande satisfaction de Robert. Mais le monde des hors-la-loi est un monde impitoyable, fait de vengeance et de règlements de compte. Les tensions s’accroissent plus tendues, lorsqu’un ami des frère Ford tue le cousin de Jesse. Le corps a été caché, mais Jesse découvrira-t-il la vérité ?...
Cette adaptation du roman éponyme de Ron Hansen, sélectionnée aux derniers festivals de Venise et de Deauville, constitue une excellente surprise. Andrew Domininik, dont c’est le deuxième long-métrage, signe un magnifique western crépusculaire qui se distingue non pas par ses scènes d’action, mais par son étude de caractères d’une grande subtilité. La relation entre Jesse et Robert est analysée avec beaucoup de soin et d’intelligence. L’admiration que le jeune homme voue au hors-la-loi, source à la fois d’une joie intense et d’une souffrance cachée et dans laquelle viendra se greffer une forme de ressentiment, est dépeinte avec une grande justesse. Un soin particulier a été accordé à la peinture de la personnalité de Jesse, capable d’une grande cruauté, mais apparaissant aussi de plus en plus tourmenté et dépressif. Lorsque le récit s’éloigne de la description de cette relation complexe et ambiguë et s’égare dans des sous-intrigues (au milieu du film), il perd un peu de rythme, et c’est la principale réserve que l’on peut faire à ce film. Car la dernière partie est magistrale. La séquence de l’assassinat de Jesse est d’une intensité dramatique qui retient toute l’attention du spectateur. La mise en scène est superbe, avec notamment un jeu d’ombres et de lumière qui lui donne une grande force poétique. L’interprétation est aussi un grand atout du film, avec une mention spéciale pour Casey Affleck dont la performance tout en nuances et en subtilité est inoubliable. Quant à Brad Pitt, il est impeccable.
Cette œuvre épique, d’une grande richesse et d’une grande profondeur humaine, soulève toute une série de questions passionnantes sur la fascination qu’exercent les hors-la-loi, sur la complexité même de cette notion de fascination, sur les questions du mal et de la violence. De ses actes criminels, Jesse ne semble tirer qu’une douleur de plus en plus intense. En tuant Jesse, Robert ne pensait pas seulement sauver sa peau et celle de son frère, mais en tirer aussi une forme de gloire. Et pourtant il regrettera profondément son acte. Le film offre ainsi une réflexion sur la violence et sur ses conséquences. Cette violence est très présente, mais elle n’est jamais montrée en exemple, bien au contraire.
Marie-Lorraine Roussel