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carre_jaune L’île.

Drame russe (2006) de Pavel Lounguine, avec Piotr Mamonov (Anatoli), Viktor Soukhoroukov (Philarète), Dimitri Dioujev (Job) Iouri Kouznetsov (Tikhon), Viktoria Issakova (Nastia), Nina Oussatova (la veuve) (1h52).

En ouverture, une brève séquence pendant la Seconde Guerre mondiale. Les Allemands débarquent dans une base soviétique et obligent un jeune de 17 ans, à tuer un officier plus âgé que lui, s’il veut sauver sa vie. Les années ont passé. Sur une île isolée de la mer Blanche existe un curieux monastère habité par quelques moines, même si l’on n’en verra qu’une demi-douzaine. Le plus singulier est le père Anatoli, qui a la réputation de faire des miracles et de prédire l’avenir. Il est confiné dans une cellule où il est chargé d’alimenter en charbon la chaudière qui chauffe le monastère. Ses collègues ne le comprennent pas très bien, même s’ils respectent sa singularité. Nous le voyons recevoir des gens, dissuader une fille d’avorter, conseiller à une femme qui se croit veuve, de vendre tous ses biens et d’aller chercher son mari en France. Au supérieur du couvent, qui vient un jour dormir dans sa cellule, il prend ses bottes et les jette au feu. Finalement un homme arrive avec sa fille, qui semble possédée par un esprit malin. Anatoli la conduit dans une autre île, fait une longue et très belle prière et semble libérer la fille de ses mauvais esprits. Anatoli confesse au père de la fille la faute qui mine sa conscience depuis toujours, le crime qu’il a commis à 17 ans pour sauver sa peau. L’homme s’avère être sa victime de jadis, qui avait finalement échappé vivante à la blessure et qui, depuis longtemps, lui a pardonné. Alors il ne reste à Anatoli qu’à mourir en paix, dans le cercueil que lui ont fait les autres moines et qu’il trouve trop riche. Mais finalement il se place a l’intérieur pour aller trouver le Christ.

Grand succès en Russie et surprise dans le monde du cinéma que cette œuvre profondément religieuse qui marque une rupture avec le cinéma de Pavel Lounguine, plus préoccupé, jusqu’à présent, de montrer les transformations de la Russie, même s’il ne négligeait pas complètement les questions spirituelles. Selon la propre confession de l’auteur : « ...ce film repose sur deux idées : la première, que Dieu existe, la seconde, c’est que ce qui fait un homme, c’est sa capacité à assumer la honte, les remords et le repentir. ». Et il ajoute qu’il ne faut pas chercher de significations cachées dans les anecdotes de l’histoire. Il est utile, néanmoins, de savoir que le personnage d’Anatoli est une spécialité russe, espèce de fou de Dieu qui existe dans la tradition de l’orthodoxie, toujours accompagné de pouvoirs exceptionnels et d’un comportement qui peut être considéré comme marginal. Pavel Lounguine n’innove pas seulement dans sa thématique, il le fait aussi dans la façon de filmer. Loin de l’agitation de la modernisation de la Russie, des lumières néocapitalistes des boîtes de Moscou, le cinéaste filme cette fois la paix de la mer Blanche, avec un grand soin des couleurs et de la beauté des paysages. Face à Anatoli, toujours tourmenté par son passé, la nature met une note de sérénité, comme si elle imposait aux hommes la paix de Dieu.

Naturellement le comportement d’Anatoli peut étonner, si on compare son monastère avec un monastère catholique. Il va de soi que le personnage est singulier, mais il faut remarquer que ses prières et ses propos transmettent toujours une foi profonde et un amour de Dieu exceptionnels.

Georges Collar


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