Au début des années 80, à Washington, Charlie Wilson est membre du congrès du deuxième district du Texas. Ce bon vivant a la réputation de mener une vie quelque peu dissolue, entre fêtes bien arrosées et conquêtes féminines. Ses assistantes sont toutes de belles femmes plantureuses, ce qui surprend parfois ses visiteurs. Il ne s’intéresse pas moins aux affaires du monde. L’invasion de l’Afghanistan par les troupes soviétiques et la résistance courageuse, mais vaine, des moudjahidine le préoccupent particulièrement. Il est persuadé que c’est un enjeu majeur de la guerre froide et ne comprend pas le peu de moyens, notamment financiers, que les États-Unis accordent à cette cause. Avec l’aide de la riche et farouchement anticommuniste Joanne Herring et de l’agent de la CIA Gust, il va réussir à lever des fonds et à créer des alliances étonnantes...
Le nouveau long métrage de Mike Nichols, qui n’en est pas à son premier film politique (on lui doit notamment « Primary colors »), s’inspire du livre à succès « Charlie Wilson’s war » du journaliste d’investigation George Crile (qui participe notamment à la fameuse émission de CBS « 60 minutes »). Le film raconte l’histoire authentique et étonnante de cet homme politique texan qui réussit, en collaborant avec une millionnaire et un agent de la CIA mis sur la touche, à monter une incroyable opération clandestine. Le récit est rythmé et ne manque pas d’intérêt, car il nous plonge dans les arcanes du pouvoir et décrypte les arrangements, les compromissions, les tractations qu’il implique. Le cinéaste filme les événements de cette période avec un regard naturellement distancié (beaucoup de choses se sont passées depuis cette époque), ce qui donne à l’ensemble une tonalité assez ironique (décalage entre l’image et la bande-son, transitions surprenantes...). Son film relève à la fois aussi de la satire et du thriller politique. L’humour très présent du film n’empêche pas le récit de soulever des questions pertinentes sur le rôle des hommes politiques, sur l’engagement américain et sur le discernement de la politique extérieure des États-Unis. La réussite du film tient aussi à sa prestigieuse distribution. Tom Hanks campe avec aisance un homme plein de contradictions. Philip Seymour Hoffman est parfait dans le rôle de cet agent de la CIA rebelle et têtu. Julia Roberts apporte tout son charme et son mystère à cette singulière millionnaire.
À travers le rappel de cet épisode peu connu de l’histoire américaine, Mike Nichols souligne non seulement le rôle important que peuvent jouer des hommes politiques dans la mobilisation de leur pays, mais aussi l’importance pour les États-Unis de s’engager à long terme dans certaines causes, et pas seulement par des opérations coup de poing. La vie dissolue du héros est illustrée par quelques scènes légères. De brèves images de nudité et un langage parfois cru.
Marie-Lorraine Roussel