Comme le titre l’indique, le film raconte les événements qui entourent la naissance du Christ. Les sources en sont les Évangiles de saint Luc et de saint Matthieu. Ils contiennent la naissance de Jean le Baptiste, l’Annonciation de l’ange à Marie, la naissance du Christ à Bethléem, l’adoration des bergers, la visite des Mages, le massacre des Innocents, le tout se terminant par la fuite en Égypte.
Pour le lecteur assidu des textes de Matthieu et de Luc, les deux évangélistes qui racontent la naissance du Christ, il y aura toujours une distance considérable entre la force spirituelle de ces récits et les images d’un film. Dans le passé, Pasolini et Zeffirelli avaient obtenus des résultats honorables sur les textes sacrés, et, plus près de nous, Mel Gibson nous avait offert une vision de la Passion du Christ d’une force dramatique exceptionnelle, née d’un préoccupation spirituelle personnelle. Plus serein semble le cas de Mike Rich, le scénariste, de confession évangéliste, qui a cherché l’aide d’experts catholiques et juifs avec la préoccupation de ne pas s’éloigner des faits racontés dans "l’Évangile de l’enfance" de Luc, précédés des épisodes de la visite de Mages et du massacre des Innocents qui se trouvent chez Matthieu. Ce nouveau film est conçu comme un flash-back qui remonte à une année avant le massacre des Innocents. Le recours à des spécialistes juifs est tout à fait justifié, car les événements racontés se passent dans un milieu juif et reflètent les coutumes religieuses et sociales du peuple juif sous domination romaine, quand il était soumis au régime tyrannique d’Hérode. Tout cela est la partie « visible » du film. Sur ce point, les extérieurs tournés en Italie et au Maroc, ainsi que les décors du Temple et de Nazareth, ont été faits avec un véritable souci de fidélité à la réalité de l’époque.
La responsabilité du film semble appartenir davantage au scénariste Mike Rich et aux producteurs Marty Bowen et Wyck Godfrey qu’à la réalisatrice Catherine Hardwicke. Rien ne prédisposait celle-ci à traiter un sujet religieux, et elle semble s’être intéressée surtout à l’âge de la Vierge, jouée par Keisha Castle-Hughes. C’est Mike Rich qui a ressenti la nécessité de prolonger les récits évangéliques avec des éléments que l’on peut considérer comme implicites dans leur texte. Ainsi les modalités de la perplexité de Joseph, les détails sur l’inquiétude de Marie, l’ambiance de la maison d’Elisabeth, les précisions sur le voyage à Bethléem où les rapports entre Marie et Joseph sont d’une grande délicatesse. Tout cela fait partie de la liberté de l’artiste. Ce qui a un rapport avec la foi reste toujours préservé, même si chaque spectateur risque d’être surpris par tel ou tel détail qu’il trouvera moins inspiré. À la liberté de l’artiste on peut opposer, et c’est normal, la liberté du spectateur.
Le film risque de décevoir ceux et celles qui sont familiarisés avec les textes sacrés et qui auront sans doute leurs propres images personnelles sur les faits racontés. Malgré tout, "La Nativité" peut trouver une pleine justification pour tous ceux qui aujourd’hui, même dans les pays de tradition chrétienne, cherchent à découvrir en images l’une des plus belles pages de l’histoire de l’humanité.
Georges Collar