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carre_jaune La vie intérieure de Martin Frost

Comédie dramatique franco-hispano-portugaise américaine (2006) de Paul Auster, avec David Thewlis (Martin Frost), Irène Jacob (Claire), Michael Imperioli (James Fortunato, le chauffagiste), Sophie Auster (Anna James), Griffith Dunne (1h33).

Après l’effervescence qui a entouré la publication de son dernier roman, l’écrivain Martin Frost a décidé de se réfugier quelque temps dans le calme d’une maison de campagne prêtée par un couple d’amis. Il s’installe, donc, tout heureux, dans leur demeure. Le lendemain, à son réveil, il découvre, à son grand étonnemant qu’une femme est allongée à côté de lui, dans son lit. Le premier choc passé, Martin lui demande qui elle est et ce qu’elle fait ici. La mystérieuse jeune femme, qui se nomme Claire, se présente comme une nièce de la famille et indique qu’elle est venue ici pour étudier. Martin, contrarié par cette venue impromptue qui bouscule sa tranquillité, se montre d’abord désagréable, avant de regretter sa conduite et de se dévoiler sous un meilleur jour. Une attirance réciproque les unit, et ils finissent par tomber amoureux l’un de l’autre. Un jour, Martin a son ami au téléphone, qui lui dit qu’il ne connaît aucune Claire... D’où vient donc cette jeune femme dont il s’est épris ?...

Ce nouvel opus cinématographique du romancier Paul Auster (après « Brooklyn Boogie » et « Lulu on the bridge ») se présente comme une variation sur l’une des trames qui composent le récit de l’un de ses romans, "Le livre des illusions". À travers le personnage mystérieux de cette muse, le cinéaste s’interroge sur l’inspiration et la création artistique, sur le sentiment amoureux comme forme d’inspiration, sur le pouvoir des mots et leur vacuité, sur la relation complexe que l’écrivain entretient avec le réel et l’imaginaire. La frontière entre l’un et l’autre est parfois floue. Qu’est-ce qui relève de l’imaginaire dans l’expérience de l’écrivain ? Dans quel mesure le réel nourrit ses romans ? Oscillant entre légèreté et gravité, passant d’une note d’humour à une autre plus dramatique, le récit se présente à la fois comme une réflexion sur la littérature et comme l’histoire d’une étrange relation amoureuse. Le propos ne manque pas d’intérêt, et l’ensemble est plutôt agréable à suivre, malgré quelques baisses de rythme. Mais sans doute parce que Paul Auster s’est fait connaître comme un romancier passionnant au style fluide et à la narration si riche, il est difficile de ne pas juger ses œuvres cinématographiques sous un œil plus sévère. Car l’on mesure, dans ce film, la différence entre le mystérieux pouvoir suggestif des mots qui grandit au fil des pages et la trop grande lisibilité de l’image qui dévoile un peu trop vite ses intentions. La romance du héros Martin Frost et de Claire, par exemple, apparaît trop rapide, et la progression de ses écrits trop simple. Il manque à à cette œuvre cette épaisseur dramatique et cette densité humaine que l’on retrouve dans les romans de Paul Auster. Son film apparaît souvent maladroit, alors qu’il reste, malgré tout, une œuvre d’une honnête facture, qui semble simplement manquer un peu de maturité.

Le film nous invite à nous interroger sur le rapport entre l’art et la vie, le réel et la littérature, sur les exigences de l’art et de l’amour. Une brève scène de nudité.

Marie-Lorraine Roussel


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