Andy vit à New York, la ville de tous les espoirs. Cette jeune et brillante diplômée au profil littéraire rêve de devenir journaliste et d’écrire dans des revues aussi prestigieuses que « The New Yorker ». Elle a conscience que son rêve ne se réalisera pas en un jour et que son manque d’expérience et de relations dans le milieu ne plaide pas en sa faveur. Elle commence donc par postuler au poste d’assistante de Miranda Priestley, rédactrice en chef de « Runway », célèbre et incontournable revue de mode. Elle espère ainsi nouer des contacts avec la profession et utiliser ce travail comme un tremplin pour atteindre son objectif professionnel. Le jour de l’entretien, elle se rend vite compte qu’elle n’a pas vraiment le profil pour ce poste. Elle ne connaît rien à la mode, et son apparence détonne avec le reste des employés à l’allure particulièrement soignée et « tendance ». Elle découvre aussi que tout le monde est terrorisé par Miranda, qui dirige son journal d’une main de fer. L’entretien ne se passe pas vraiment bien, mais, contre toute attente, elle apprend qu’elle a obtenu le poste. Les premiers jours sont difficiles. Elle subit le mépris de ses collègues et doit répondre à toutes les exigences et aux caprices de Miranda, n’hésitant pas à lui demander l’impossible. Miranda appelle Andy à tous moments, si bien que celle-ci arrive de moins en moins à préserver sa vie privée.
Le roman de Lauren Weisberger, qui s’est inspirée de sa propre expérience d’assistante personnelle d’Anna Wintour, éditrice de « Vogue », a enchanté des millions de lecteurs. Dès lors, une adaptation cinématographique devenait incontournable. C’est à David Frankel (« Miami Rhapsody ») que fut confiée la mise en scène. Ce choix se révèle judicieux, car le réalisateur, plus familier du petit que du grand écran, a su tirer de son expérience des séries télévisuelles un ton et un sens du rythme qui siéent parfaitement à l’intrigue. Lui et la scénariste Alice Brosh McKenna ont eu raison d’abandonner certaines intrigues secondaires du roman pour resserrer l’action autour de la relation entre Andy et Miranda. On peut tout de même regretter que la terreur que Miranda a d’abord suscitée chez Andy ait été traitée un peu trop rapidement, mais il faut reconnaître que cette comédie bénéficie d’un excellent rythme et que l’on ne s’ennuie pas une seconde. Soulignons le travail remarquable de la costumière Patricia Field. Son expérience de la mode apporte beaucoup de crédibilité au film. La distribution est sans fautes. La charmante Anne Hathaway (« Princesse malgré elle ») apporte beaucoup de fraîcheur à son personnage, auquel le spectateur s’identifie facilement. Mais c’est surtout la performance de Meryl Streep, d’une drôlerie irrésistible dans le rôle de Miranda, qui retient l’attention. C’est toujours un régal de retrouver cette grande actrice, capable autant de nous émouvoir (« Le choix de Sophie ») que de nous faire rire aux larmes (« Petites confidences à ma psy »).
Le film dépeint avec beaucoup d’humour et de dérision l’univers impitoyable de la mode. C’est un monde dans lequel le poids de l’apparence est particulièrement lourd et destructeur. Andy sera, un temps, tentée par les strasses de ce milieu, mais saura retrouver les valeurs fondamentales de son existence.
Marie-Lorraine Roussel