Kate est cuisinière en-chef d’un restaurant coté de Manhattan. Brillante, reconnue de tous, elle consacre tout son temps et son énergie à son travail et mène sa cuisine d’une main de maître. Quant elle va chez le psychologue (contrainte par sa direction), ce n’est pas pour parler de sa vie intime, mais pour faire goûter ses petits plats. Elle se réjouit de la visite de sa sœur et de sa nièce, Zoé, âgée de 9 ans. Mais elle apprend qu’elles ont eu un grave accident de voiture. Sa sœur est décédée et sa nièce est à l’hôpital, avec des blessures légères. Kate s’occupe de Zoé et l’installe chez elle. Mais elle se sent bien désarmée pour faire face à la douleur de l’enfant, alors qu’elle peine à surmonter la sienne. Après une semaine de congé, elle retourne au restaurant et découvre que la direction a engagé un sous-chef, Nick. Celui-ci a pris les choses en main dans la cuisine, et son charisme fait mouche. Kate ne prend pas bien sa venue et se sent menacée dans sa place de chef. Mais Nick va parvenir à lui prouver ses bonnes intentions...
Cette œuvre signée Scott Hicks est le remake d’un film allemand intitulé « Chère Martha », qui avait enchanté à l’époque (à sa sortie, en 2004) et connu un jolis succès critique et public. Un remake présente toujours le danger de ne se réduire qu’à une pâle copie, mais il faut reconnaître que tout le charme et toute la poésie de l’original ont été préservés. Le récit est, dans l’ensemble, très fidèle au scénario original, à l’exception de la dernière partie, mais cette modification n’est pas forcément une mauvaise chose et reste en harmonie avec le reste de l’histoire. Nous sommes dans le registre de la comédie sentimentale, et une ou deux scènes peuvent paraître trop mélos à certains, de même que l’on déplore quelques scènes un peu convenues, mais la tendresse, l’humour, la délicatesse qui émanent de cette œuvre l’emportent largement sur les quelques réserves qui peuvent être émises. Les relations entre Kate et sa nièce sont analysées avec finesse, et le récit alterne harmonieusement les notes d’humour et celles d’émotion. Celui-ci devient de plus en plus lumineux. Les blessures des personnages sont toujours vives, mais l’amour qui les unit leur permet de les surmonter. La mise en scène est légère, et la très jolie partition de Philip Glass ponctue le récit avec grâce (la bande originale dans son ensemble est très réussie). Catherine Zeta-Jones incarne son personnage avec beaucoup de justesse et de grâce, et la petite Abigail Breslin (la petite fille de « Little Miss Sunshine ») est impeccable. Aaron Eckhart s’en sort bien, même s’il ne parvient pas complètement à nous faire oublier la performance de Serge Castellito dans le même rôle. Le réalisateur a su capter aussi toute la photogénie des plats cuisinés, et l’atmosphère culinaire du film est très agréable.
Cette œuvre met en scène une histoire très poignante dans laquelle deux êtres unis par la même douleur vont se rapprocher. Ils apprendront ensemble à retrouver peu à peu goût à la vie. Les sentiments des personnages sont dépeints avec pudeur et délicatesse. La romance entre Kate et Nick se conclut un peu trop hâtivement, mais elle est évoquée avec discrétion.
Marie-Lorraine Roussel