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carre_jaune Les amours d’Astrée et de Céladon

Comédie dramatique franco-italo-espagnole (2006) de Éric Rohmer, avec Andy Gillet (Céladon), Stéphanie de Crayencour (Astrée), Cécile Cassel (Léonide), Véronique Reymond (Galathée), Rosette (Silvie), Jocelyn Guivrin (Lycidas), Mathilde Mosnier (Phillis), Rodolphe Pauly (Hylas), Serge Renko (Adamas) (1h49).

À l’époque des druides, dans une forêt merveilleuse, le berger Céladon et la bergère Astrée sont profondément épris l’un de l’autre. Leurs deux familles se haïssant, Céladon feint devant ses parents d’en aimer une autre. L’observant en cachette, Astrée est persuadée qu’il ne feint pas et qu’il la trompe. Lorsque, plus tard, Céladon vient la retrouver, elle refuse qu’il la regarde. Fou de désespoir, le jeune homme se jette dans le torrent. Alors que tout le monde le croit mort, il est sauvé par trois nymphes. L’une d’elles est prête à l’aider pour retrouver Astrée. Mais Céladon ne veut pas réapparaître, tant qu’il n’est pas sûr de l’amour que lui porte Astrée. Pour s’en assurer, il se déguise en femme, afin d’observer sa belle sans être reconnu...

Décidément, Éric Rohmer ne cessera de nous étonner. Malgré son âge avancé, il continue à avoir cette énergie pour se lancer dans de nouveaux projets et mener à bien des longs métrages, forçant ainsi l’admiration de ses jeunes pairs. Fidèle à son style et à ce qu’il aime, il signe une œuvre intemporelle et inclassable dans le paysage cinématographique actuel. On sait qu’Éric Rohmer, qui fut aussi professeur de français, est particulièrement sensible à la beauté et à la musicalité des mots et qu’il aime puiser son inspiration dans les textes littéraires (« Perceval le Gallois », « La marquise d’O », « L’Anglaise et le duc »). Il a choisi ici d’adapter un texte de la littérature baroque écrit au XVIIe siècle par Honoré d’Urfé. On retrouve l’élégance du cinéaste dans le soin accordé à chaque plan, dans la fluidité insufflée au récit et dans sa direction d’acteurs. Éric Rohmer demande toujours à ses comédiens de prendre le temps de dire leur texte et de l’articuler, afin d’en préserver toute sa saveur et sa beauté. La nature est très joliment filmée, avec une bande-son de qualité. L’histoire n’est guère crédible, mais elle est, avant tout, une allégorie de l’amour.

Céladon et Astrée s’aiment d’un amour pur et profond. La dernière partie, qui pèche par son manque de vraisemblance, appelle cependant quelques réserves, car elle crée une certaine ambiguïté sexuelle. Céladon se fait passer pour une femme. Astrée est attirée par « elle » et aura des gestes amoureux envers elle. Ce film permet au cinéaste d’explorer des thèmes qu’il affectionne, comme la fidélité et la religion.

Marie-Lorraine Roussel


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